L’écharde suivi de Moi et de Ailleurs d’Ewa Lipska

L'écharde suivi de Moi et de Ailleurs d'Ewa Lipska

MOI, AILLEURS, L’ÉCHARDE sont les trois derniers recueils d’Ewa Lipska. Elle y développe, avec une ironie qui tient à distance tout pathos, la possibilité du bonheur et la joie d’exister en dépit de la violence, la solitude, la mort, le mal. Dans ces trois recueils, la dérision n’a pas disparu, mais le ton change pour laisser plus de place à une forme de bienveillance et d’amour de la vie tout concentré sur l’observation des changements de la société, tels l’omniprésence de l’ordinateur, l’accélération du rythme de vie, les dérives théologico-politiques, le répondeur téléphonique qui nous répond de sa voix égale, filtrée par la machine, au lieu de l’interlocuteur que l’on espérait entendre. L’accent est également mis dans ces poèmes sur l’aspect virtuel de la réalité, du monde dans lequel l’homme contemporain évolue et vit sa vie quotidienne.

Ewa Lipska est née en 1945 à Cracovie. Elle appartient à la génération de l’après-guerre, née sur les décombres d’un pays mais aussi plus largement sur les décombres d’une civilisation toute entière. Elle a publié à ce jour une vingtaine de recueils de poésie, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre. Sa poésie, visionnaire et d’inspiration catastrophiste par moments, reste toutefois résolument rationaliste et témoigne de notre temps en optant pour l’ironie et l’humour face au tragique de l’existence. Priorité est ainsi souvent donnée à la réflexion intellectuelle qui se développe en différentes formes d’expression du sujet, tels la lettre, le monologue intérieur, l’essai, la digression philosophique, la narration d’une histoire incluse dans l’Histoire.

Paru le 1er mai 2008

Éditeur : Grèges

Genre de la parution : Livre d’artiste

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.