L’inespérée

Bernard Mazo

L’inespérée

Toi, l’inespérée
Tu occupes la place
Toute la place
Dans ma vie requalifiée

Et si je chante aujourd’hui
La beauté déchirée du monde
C’est qu’elle épouse trait pour trait
L’empreinte de ton visage
Incrusté dans ma chair

Mais ton visage
La simplicité douloureuse
De ton visage
Sa douceur préservée
Comment décrire ce miracle ?

Mais ton visage entre mes mains qui tremblent
Et par ce simple attouchement
Toute la chaleur du monde ressuscitée
Ton visage comme une mouette sur la mer
Comment décrire cela ?

Inédit

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.