L’ouverture de la pêche de Jacques Barbaut

L'ouverture de la pêche de Jacques Barbaut

Jacques Barbaut a fait paraître quelques livres raffinés qui ont établi sa réputation de styliste. Avec l’Ouverture de la pêche, tout en subtilité et en drôlerie, la recherche formelle et autobiographique atteint sa plénitude.
L’auteur convoque la littérature sous toutes ses facettes - glorieuses et misérables - et ses "aberrations" (glossolalies, onomatopées…) pour construire un autoportrait onomastique, lexicographique, zoologique…
Souvenirs d’enfant, ébats amoureux, blasons du corps féminin et fragments littéraires sont sans cesse rejoués et remixés, pour le plaisir du lecteur, qui s’en va ainsi comme à la pêche au lancer, pour hameçonner cet étonnant drôle d’oiseau qu’est l’écrivain.
On y croise, pêle-mêle ou rigoureusement agencées, mille choses lues et vues : de Jarry à Hergé, d’Albert Camus à Michel Legrand, le tout en compagnie de nombreux volatiles, singes et poissons de toute espèce, sur fond tour à tour d’un ersatz de "Questions pour un champion" et du Petit Larousse illustré…

Paru le 1er mai 2006

Éditeur : Les petits matins

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.