LA SECONDE ENFANCE

François Cheng

Enfant, si proche encore de ta naissance
A ton tour, tu connais l’enfantement
Le monde n’est pas, tant que tu l’ignores
Tu le vois, toujours pour la première fois !
Ton regard l’enfante, l’invente, l’enchante
Aube d’été, bleu de ciel et bleu de mer
D’un seul feu. Tout est don, tout t’est offert
Espace un coup de rafale sans limite
Et le temps le trot d’un âne sans fin
La brume ayant établi tous les ponts
Une chenille ouvre la voie des dragons
Toi, tu suis la sente à travers fougères
Menant aux trésors : sauterelles – cascade
Libellule – alouette, noix – jades – étoiles…

Mais au cœur du monde, tu connaîtras tôt
La douleur des arrachements, les affres
De la nostalgie. Pour toi désormais
Quelle survie autre que la seconde enfance ?

François Cheng
Novembre 2011.

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

Es como abrir un menhir con las manos

Cesad de buscar, vosotros mismos sois la puerta
y también los guardianes que prohiben la entrada.
A cada paso que dais os alejais del ombligo
convertidos en fantasmas sedientos de aventura.
Creeís que el matrimonio os libera de la muerte
o que el dinero os inscribe en la jerarquía divina.
Cesad de buscar, el filtro mágico es la conciencia,
ojo que puede regresar a las cuencas vacías de Dios
atravesando la muerte. Nadie se encuentra a sí mismo
recorriendo los mares o bajando a cavernas.
No es fácil, es como abrir un menhir con las manos
porque tenemos un alma más dura que la piedra.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.