La Banlieue du monde de Gérard Berréby

La Banlieue du monde de Gérard Berréby

Dans ce recueil d’une centaine de courts poèmes en vers libres et au style acéré, Gérard Berréby cartographie la grande comédie humaine : la nature et sa destruction par les hommes ou encore la rage politique contre une société aseptisée, société qui forme un homme nihiliste, cynique ou bêtement consommateur. Mais le passé, la mémoire et l’histoire affleurent eux aussi, notamment à travers la thématique de l’exil. L’“anxiété du départ” hante ces vers comme un spectre menaçant.
Avec ces petits morceaux de réalité qui “teignent la lumière du temps”, les marges parviennent au centre. Des exclus de toutes sortes surgissent çà et là et se télescopent : drogués, migrants, mais aussi poètes et prophètes.
Les vers de ce recueil sont peuplés de ces figures d’exilés, de corps et de cœur. Ce que l’auteur nomme La Banlieue du monde.
Le vers libre tient autant de l’exigence formelle que du jeu, et invite à une réflexion sur la langue, le langage et l’écriture, ainsi que sur la paralysie de la parole. L’homme contemporain se voit privé de l’imaginaire langagier ou oppressé par la langue du pouvoir. Quant à l’amour et à l’érotisme, contrepoids à la charge pamphlétaire, ils distillent une once de clarté, introduisent quelques touches de lumière dans ce tableau plongé dans la pénombre. Leur rareté en décuple la force : une “aurore sans fin” serait-elle possible ?

Paru le 3 janvier 2019

Éditeur : Allia

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.