La Banlieue du monde de Gérard Berréby

La Banlieue du monde de Gérard Berréby

Dans ce recueil d’une centaine de courts poèmes en vers libres et au style acéré, Gérard Berréby cartographie la grande comédie humaine : la nature et sa destruction par les hommes ou encore la rage politique contre une société aseptisée, société qui forme un homme nihiliste, cynique ou bêtement consommateur. Mais le passé, la mémoire et l’histoire affleurent eux aussi, notamment à travers la thématique de l’exil. L’“anxiété du départ” hante ces vers comme un spectre menaçant.
Avec ces petits morceaux de réalité qui “teignent la lumière du temps”, les marges parviennent au centre. Des exclus de toutes sortes surgissent çà et là et se télescopent : drogués, migrants, mais aussi poètes et prophètes.
Les vers de ce recueil sont peuplés de ces figures d’exilés, de corps et de cœur. Ce que l’auteur nomme La Banlieue du monde.
Le vers libre tient autant de l’exigence formelle que du jeu, et invite à une réflexion sur la langue, le langage et l’écriture, ainsi que sur la paralysie de la parole. L’homme contemporain se voit privé de l’imaginaire langagier ou oppressé par la langue du pouvoir. Quant à l’amour et à l’érotisme, contrepoids à la charge pamphlétaire, ils distillent une once de clarté, introduisent quelques touches de lumière dans ce tableau plongé dans la pénombre. Leur rareté en décuple la force : une “aurore sans fin” serait-elle possible ?

Paru le 3 janvier 2019

Éditeur : Allia

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997