La Différence

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Le hublot des heures

1er octobre 2008

Le hublot des heures

– soudain l’avion pique du nez,
tu vois s’agrandir à toute vitesse les maisons,
et les fi les de voitures qui tantôt n’étaient encore
que fourmillement dans les artères du paysage,
rapprochent leurs tentacules, tu te sens légère,
étonnamment légère dans la chute –
tu relèves le volet du hublot, le ciel, la terre, tout
l’horizon est intact, alors tu refermes les yeux,
refermes la porte, arrête le flot
de ta (…)

Festivité de la momie sauvage de Afifi Matar

1er octobre 2008

Festivité de la momie sauvage de Afifi Matar

Poèmes traduits de l’arabe par Hoda Fourcade.
"La jument du rêve hennissait sous le ciel des déserts,
Du haut de son dos, je me soude à la selle :
Mes jambes, franges de laine, la douceur des doigts,
Fil de soie perdu dans les méandres d’anciennes conquêtes.
Je suis sur son dos, revenant de mes blessures lointaines,
La blessure est pénétrante, et mon sang, une lune qui brille dans l’arbre de l’horizon.
J’étais sur sa selle, mort… Je me soudais à elle de plus en (…)

<i>Tribulations d'un rêveur attitré</i>

1er juin 2008

Tribulations d’un rêveur attitré

"
Perte
Le réveille-matin sonne
et tu n’as pas le courage de l’arrêter
Quelle tâche t’attend
quel rendez-vous ?
Et d’abord où es-tu
dans quelle ville
dans quel pays ?
L’heure affichée sur le cadran
à quel temps appartient-elle
celui d’avant
ou d’après la mort ?
Et cette respiration tienne
est-ce le souffle brûlant
d’un animal préhistorique
ou le battement du sang glacial
d’une espèce embryonnaire
aux prises avec les (…)

Abdellatif Laâbi traversée de l'oeuvre par Jacques Alessandra

1er mai 2008

Abdellatif Laâbi traversée de l’oeuvre par Jacques Alessandra

"Jacques Alessandra, dans cette Traversée de l’œuvre, tente de dévoiler les lignes de cohérence, le sens et la permanence du travail de Abdellatif Laâbi. Il pose le problème de « l’utilité » de la littérature et du rôle du poète aujourd’hui. Des chocs littéraires du Laâbi adolescent à sa pratique poétique actuelle, érigée en système de défense de valeurs humaines inaliénables telles que la liberté et l’espoir, l’auteur dégage quatre thèmes prépondérants dans l’œuvre de celui-ci. Une rupture inaugurale qui conduit (…)

Coeur citadelle de Pierre Lepère

1er mai 2008

Coeur citadelle de Pierre Lepère

Les bois proches de la pluie
N’ont plus la même couleur
Exilé l’or du voyage
Défraîchi le vert nouveau
Ils boivent au bleu d’oubli
Qui rôde et ruse à l’envi
Sous leurs ombrages de rose
L’air décrit vers la lisière
Un éclair en italiques
D’intelligence avec l’aube
Ta voix seule en est la cause
Et mon silence ravi
Dans la fuite du temps gris
En est le songe à demi

Le procès de la vieille dame, éloge de la poésie

1er avril 2008

Le procès de la vieille dame, éloge de la poésie

« Ce choix parmi les œuvres des poètes d’hier et d’aujourd’hui n’est pas un palmarès (sinon Reverdy et Michaux seraient présents ici en première ligne), il est arbitraire et résulte de rencontres de circonstance : colloques, appels venant de magazines ou de revues, célébrations. Mais si l’on me demande ce que Louise Labé et Supervielle, les poètes dits “modernistes” (Cendrars, Valery Larbaud, Cocteau, etc.) et Georges-Emmanuel Clancier, Aragon et Izoard, Claudel et Guillevic, René Char et Claude Esteban, (…)

L'Abîme horizontal

1er février 2008

L’Abîme horizontal

La nuit me prête un peu de son immensité
je lui cède en échange quelques-uns
des maux de tête acérés
qui de leurs dents et de leurs griffes
arment un rongeur invisible
au cœur de cet arbre le mien
habité par des vertiges
sans qui j’ignorerais où je suis
je les regarde s’en aller
va-t-il me manquer quelque chose ?
Suis-je amputé de la douleur
qui offrait un refuge aux idées
faites pour n’être pas conçues ?
Je vais m’enchaîner au vent par la tête
et je m’écoulerai avec lui
lié sans défense au (…)

Les événements visibles et autres poèmes d'Élisabeth de Vautibault

1er février 2008

Les événements visibles et autres poèmes d’Élisabeth de Vautibault

C’est dans les termes suivants que Léon-Paul Fargue préface son premier recueil dont des extraits paraissent dans la NRF : « Il ne se passe pas de jours que l’on ne m’annonce sous quelque forme la mort de la poésie. Ce sont les critiques qui embouchent leurs cors, c’est un avaleur de monocles qui pérore, engoncé dans une cheminée mondaine, c’est le fils de ma concierge, boxeur de quartier à ses moments perdus, qui me gratifie de ses condoléances d’un coup de paupière, ce sont les écrivains pour (…)

Lieux épars de Jacques Izoard

1er janvier 2008

Lieux épars de Jacques Izoard

Qui souffle sur la paume !
L’haleine rêve de roses
et nul ne caresse l’eau
qui coule à travers corps
pour mieux irriguer les poèmes.
Invisible haleine sans mots !
Tout dire sans rien dire !
Ton fragile regard en mon regard.
Et l’aérienne existence
proche du vent, de la clarté !
Ne ferme pas les paupières.
Poussière d’or : un seul (…)

Diagonal Doce de Thibaut Binard

1er janvier 2008

Diagonal Doce de Thibaut Binard

Thibaut Binard, jeune poète liégeois, s’est suicidé le 16 septembre 2005. Il avait envoyé à La Différence ce recueil : Diagonal doce. Son ami Karel Logist le présente : « Thibaut Binard est né en novembre 1980. Il a vécu en Belgique, à Liège et dans beaucoup d’autres lieux. Il n’aimait pas seulement les livres et la littérature, mais aussi la musique, les voyages, l’amitié et par-dessus tout la rencontre. Après une licence en philosophie, il s’est mis à la recherche de ses limites. Et à remplir ses (…)

Poème
de l’instant

Louis Aragon

L’amour qui n’est pas un mot

Ma vie en vérité commence
Le jour que je t’ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m’as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j’ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Louis Aragon, « L’amour qui n’est pas un mot », Le roman inachevé, Éditions Gallimard.