La Lampe allumée si souvent dans l’ombre

Auteur : Ariane Dreyfus

<i>La Lampe allumée si souvent dans l'ombre</i>

Qui sommes-nous ? Quand j’ouvre la bouche, de qui est faite cette voix ? Si j’avais été la seule à parler ma langue, jamais je n’aurais écrit. Il n’y a pas que les baisers pour se mêler par la bouche, par la gorge, par toute la vie. « Et maintenant écoutez-moi bien. (c’est Pasternak qui fait ainsi parler Jivago). L’homme présent dans les autres, c’est cela justement qui est l’âme de l’homme. Voilà ce que vous êtes, voilà ce qu’a respiré, ce dont s’est nourrie, ce dont s’est abreuvée toute sa vie votre conscience ». Mourir est toujours possible, plusieurs fois par jour même. Alors je prends un livre comme on rallume la lampe, et si l’ami que j’y trouve n’en est pas moins invisible, mon coeur au moins revient à lui, les mains bougent au devant des visages.

Créer ? Oui, en n’oubliant pas que la beauté commence quand deux peuvent la reconnaître. Ainsi ne peut-on pas savoir à l’avance comment la poésie sera, elle attend de voir où nous tombons, et comment on se relève.

Ariane Dreyfus

Paru le 1er janvier 2013

Éditeur : José Corti

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.