La Montagne lumineuse

Auteur : Jean-Pierre Chambon

La Montagne lumineuse

La montagne s’élève aux confins de la ville d’où, immobile, elle défie le temps, le temps qui fuit autour d’elle comme du sable ou du sang. Elle ne change pas, ne bouge pas d’un pouce. Elle est stable, solide, dure : elle persiste dans la durée. Belledonne est son nom, qui désigne sa grâce féminine. Elle est pure éminence dressée à l’horizon. Constante, immuable, elle demeure. Et pourtant elle se modifie en permanence, au gré des jours et des moments, des variations météorologiques et saisonnières.

Depuis le cadre de sa fenêtre, d’où il l’observe fidèlement, un artiste a décidé de la peindre dans sa splendeur, chaque semaine pendant une année. Pour témoigner des visages si divers que prêtent à cette montagne qu’il aime tant le cycle des jours et l’humeur du moment. Et célébrer les couleurs du temps qui passe, son perpétuel recommencement.

Afin de prolonger cette rêverie éveillée et d’accompagner les images de l’ami, j’ai ravivé mes impressions et souvenirs de contemplateur et de marcheur, essayant de traduire mon sentiment de la montagne. Ce qui m’attache à elle, et ce qui d’elle m’échappera toujours. Saluant ainsi sa présence énigmatique.

Jean-Pierre Chambon

Paru le 1er mars 2022

Éditeur : Voix d’encre

Poème
de l’instant

Guennadi Aïgui

« Un peu »

bonheur ? – « Un peu »
béatitude – « Un peu » :

ô murmure : comme vent – du soleil :

de pain – un peu… et de lumière du jour… –

et du petit bruit des hommes
comme d’une nourriture – pour la Mort prête… –

que nous la rencontrions paisiblement
comme si nous étions tous toujours sur tout seuil –

en fraternelle souffrance… –

ô notre liberté !… – lueur d’âme :

simple :

« Un peu »
1975

Aïgui, « Un peu », Festivités d’hiver, traduit du russe par Léon Robel, Les Éditeurs français réunis, 1978.