La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent, de Roger Gilbert-Lecomte

La Vie l'Amour la Mort le Vide et le Vent, de Roger Gilbert-Lecomte

Préface d’Antonin Artaud
Choix et présentation de Zéno Bianu

Une anthologie exceptionnelle d’un poète du Grand Jeu, un poète foudroyant et foudroyé de l’insurrection de l’être.

Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943) : poète foudroyant, poète foudroyé de l’insurrection de l’être. À seize ans, il écrit Tétanos mystique. À trente-six, il meurt d’une crise de tétanos dans un hôpital parisien. Celui qui s’était promis, « écrivant peu, de n’écrire que l’essentiel », celui qui joua le Grand Jeu jusqu’au bout, semble avoir fait sa vie durant le choix du noir absolu.
Obsédé par le « retour rythmique au pays d’avant-naître », Gilbert-Lecomte porta peut-être au plus haut l’instinct de destruction, comme condition même de toute création. Tête magnétique du Simplisme, qu’il crée au lycée de Reims en 1924 avec ses trois « phrères » (Daumal, Vailland et Meyrat), cofondateur en 1928 de la revue du Grand Jeu, il ne publiera, de son vivant, que deux recueils de poèmes : La vie l’amour la mort le vide et le vent (1933) et Le miroir noir (1937). Lors de la parution du premier, Antonin Artaud saluera « ce ton organique, cette atmosphère déchirée d’organes, cet air foetal, humide, ardent, qui prend sa source à la source de toute vie. »
La dissolution du Grand jeu en 1932 accélère encore une trajectoire vouée à la chute libre, à l’exploration de la « Mort-dans-la-Vie », c’est-à-dire la mort comme moteur même de la vie. D’éblouissement en épuisement, de secousse en trouée, d’opium en héroïne, celui qui voulut en son adolescence « changer l’état d’homme à la surface du monde » se voit alors « tombé en bas du monde ». Aux confins du sens et du non-sens, de l’urgence folle et de la lancinante blessure d’être, son destin de météorite calcinée marque jusqu’à l’excès sa volonté « d’être éternel par refus de vouloir durer ».

Paru le 1er février 2015

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.