La cérémonie des inquiétudes

Auteur : Alain Duault

« C’était un beau loup joueur sous la jupe des arbres
Je m’en souviens car les cerisiers étaient en pleurs
Les talus hérissés d’iris la mer étale appelait le soir
Et moi je me soutenais avec l’ombre l’air était fou

Et arrogant Le vent décoiffait les chevaux blonds
Il n’y avait rien à comprendre c’est bien souvent cela
La vie : les pierres tièdes sous la peau des pieds nus
L’odeur du pain qui grille jusqu’à l’or cuivré le livre

Qu’on ne voudrait pas finir et soudain c’est la fin
Le soleil du matin qui a des rires à tous les rayons
Une femme dont la peau luit dans le noir mon Dieu
Qu’elle est belle : la rivière s’arrête pour la regarder

C’était pareil c’est la vie qui passe je me souviens
De celles dont j’ai touché le visage que sont-elles
Devenues le loup s’est enfui peut-être ou on l’a tué
Dis que reste-t-il du vent de l’ombre de cet instant »

Alain Duault

Paru le 27 février 2020

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Ludovic Janvier

Bientôt le soleil

« Je ne cherche pas l’essor, l’oubli, la grâce, je sais qu’ils me sont impossibles. Et d’ailleurs je ne le voudrais pas. L’ange me fait peur. Non, je cherche la présence et le poids, ou plus exactement la présence me cherche, le poids me trouve, le poids sur moi de la lumière comme un mur, la présence à plein regard de la mer qui fait masse ou du feuillage hanté par le ciel. De sorte que les jours de timidité, ou de trop fort vouloir, je reste pris dans la glu du moment, prisonnier du trop plein jusqu’à la nausée. Les jours de décision, j’allais dire de légèreté mais ne te vante pas, je vois sortir de moi une réponse, plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins forte. Content ? Non, jamais content. Mais, quand même, content. »

Ludovic Janvier, Bientôt le soleil, Flohic Éditions, 1998.