La cérémonie des inquiétudes

Auteur : Alain Duault

« C’était un beau loup joueur sous la jupe des arbres
Je m’en souviens car les cerisiers étaient en pleurs
Les talus hérissés d’iris la mer étale appelait le soir
Et moi je me soutenais avec l’ombre l’air était fou

Et arrogant Le vent décoiffait les chevaux blonds
Il n’y avait rien à comprendre c’est bien souvent cela
La vie : les pierres tièdes sous la peau des pieds nus
L’odeur du pain qui grille jusqu’à l’or cuivré le livre

Qu’on ne voudrait pas finir et soudain c’est la fin
Le soleil du matin qui a des rires à tous les rayons
Une femme dont la peau luit dans le noir mon Dieu
Qu’elle est belle : la rivière s’arrête pour la regarder

C’était pareil c’est la vie qui passe je me souviens
De celles dont j’ai touché le visage que sont-elles
Devenues le loup s’est enfui peut-être ou on l’a tué
Dis que reste-t-il du vent de l’ombre de cet instant »

Alain Duault

Paru le 27 février 2020

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.