La femme à sa fenêtre

Auteur : Maram Al-Masri

La femme à sa fenêtre

Illustrations Sonia Maria Luce.

Que fait cette femme derrière son rideau ? Elle observe la vie au dehors. Et elle rêve. Elle se souvient de la joie du bébé qu’elle a attendu. Elle revoit le plaisir fou avec son petit dans ses bras. Elle pense aux enfants de Syrie, là-bas sous les bombes. Elle se souvient du bébé qu’elle a perdu. Le rideau bouge dans le vent. La femme à sa fenêtre pense à la douleur de toutes les mamans. Un petit cheval en bois, un nounours attendent celui qui peut-être ne reviendra pas. Ou bien ce sont les enfants, qui attendent le retour de leur maman. Alors la femme à sa fenêtre prend un crayon. Elle écrit, oui, elle dessine la chanson du bonheur. Et d’immenses sourires surgissent sur le visage des enfants. Ici, les mots et les images triomphent de la douleur parce qu’ils portent l’espoir et la liberté.

Danse, danse
mon fils
car tu es né
pour apprendre aux oiseaux
à voler

danse, danse
mon fils
pour que le coeur agité du monde
se calme
sous le rythme de tes pas

danse, danse
mon fils
pour apprendre toi-même à voler.

Paru le 17 octobre 2019

Éditeur : Éditions Bruno Doucey

Genre de la parution : Jeunesse

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.