La gloire des poussières

Auteur : Raymond Farina

La gloire des poussières

Pourquoi veut-on que les poussières ne soient que d’infimes fragments de choses et de vies défaites, ce que l’oubli dépose sur des meubles abstraits, des livres sans regards et des miroirs éteints ?

Destin de toute matière ne sont-elles pas aussi la preuve évidente d’une dynamique élémentaire, vivantes parcelles capables d’élan, de turbulence, de fougue ? Enfant, souvent je les vis jaillir en trombe des écailles d’une terre espérant la pluie. Tourbillon diabolique, aimanté à la fois par le ciel et par le lointain, elles traversaient, en quelques secondes, ce paysage qu’épuisait la tyrannie des soleils, avant de disparaître, fascinante vision trop vite devenue mémoire.

Plus tard, une fois de plus sur le versant de ce qui s’anime et anime, elles m’ont aidé à concevoir la fabuleuse activité de la grande Fabrique de l’Être qui d’invisibles particules tombant dans le vide fait la pierre et le miel, fait la terre et le feu, et même le corps et l’âme des humains qui peuplent le monde. C’était dans Lucrèce, je crois, dont le latin m’éclairait sur les secrètes combinaisons d’atomes, devenus, dans son rêve et le mien, minuscules grains de soleil dansant dans la lumière.

Aujourd’hui les poussières reviennent dans mes poèmes. Elles pardonnent, sans se forcer, à un passant de l’Infini, « d’épousseter le grand silence / qui s’installe entre les étoiles » ; elles oublient ce que, dans l’or d’un paysage, au seuil de ce recueil, elles ont doucement révélé, avec la complicité d’un bouffon, au vieux Roi arménien, anobli par l’exil : la fragilité des royaumes, la facticité de sa gloire.

Paru le 31 août 2020

Éditeur : Editions Alcyone

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Les Provinciales

Ferme les yeux, tout ce que tu vois t’appartient.

Jean Giraudoux, Les Provinciales.