La lucarne, suivi de L’étrange et le connu

Seamus Heaney

« Né en 1939 en Irlande du Nord et mort en 2013 à Dublin, Seamus Heaney est sans conteste une des plus grandes voix de la poésie anglo-saxonne du XXe siècle. Le volume que nous publions, composé de deux recueils parus en 1991 et 1996 et qui encadrent sa réception du Prix Nobel de littérature en 1995, œuvres donc de la maturité, introduisent parfaitement à l’univers singulier du poète marqué notamment par la prégnance constante du monde rural, sa rudesse, ses travaux, ses outils, dont ce fils de fermier né dans une famille de six enfants dans une chaumière de la région de Londonderry a toujours fait le substrat de sa poésie.
Si elle n’est évidemment pas indemne des tourments et violences engendrées par le douloureux conflit qui a marqué l’histoire de son pays, conflit que le poète, homme de paix, a toujours voulu dépasser, la poésie de Heaney reste au plus près des choses concrètes et quotidiennes, attachée à la simplicité des êtres et des choses.
Un poète qui se situe dans l’extraordinaire constellation littéraire irlandaise parmi Yeats, Joyce ou Beckett… »

Texte de présentation de l’éditeur, parution 2018.

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.