La lucarne, suivi de L’étrange et le connu

Auteur : Seamus Heaney

La lucarne, suivi de L'étrange et le connu

Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Hersant. Préface de Jacques Darras.

Né en 1939 en Irlande du Nord et mort en 2013 à Dublin, Seamus Heaney est sans conteste une des plus grandes voix de la poésie anglo-saxonne du XXe siècle. Le volume que nous publions, composé de deux recueils parus en 1991 et 1996 et qui encadrent sa réception du Prix Nobel de littérature en 1995, œuvres donc de la maturité, introduisent parfaitement à l’univers singulier du poète marqué notamment par la prégnance constante du monde rural, sa rudesse, ses travaux, ses outils, dont ce fils de fermier né dans une famille de six enfants dans une chaumière de la région de Londonderry a toujours fait le substrat de sa poésie.
Si elle n’est évidemment pas indemne des tourments et violences engendrées par le douloureux conflit qui a marqué l’histoire de son pays, conflit que le poète, homme de paix, a toujours voulu dépasser, la poésie de Heaney reste au plus près des choses concrètes et quotidiennes, attachée à la simplicité des êtres et des choses.
Un poète qui se situe dans l’extraordinaire constellation littéraire irlandaise parmi Yeats, Joyce ou Beckett…

Paru le 15 novembre 2018

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage