La mesure et le flux

Auteur : Bernadette Engel-Roux

<i>La mesure et le flux</i>

Lecture de Pierre Oster Soussouev

Voici la première présentation d’une oeuvre bien plus secrète et folle qu’il n’y parait d’abord. Pierre Oster, en effet, non content de remettre en chantier chaque page de ses Dieux (et d’en multiplier comme à l’envi des versions toujours impossibles), a choisi de montrer jusque dans l’action littéraire la quasi inexistence de qu’en vian l’on désigne sous le vocable trompeur de corpus.

La poésie (…) à ses yeux ne possède aujourd’hui de valeur que propédeutique. Leçon que Valéry patronne ; mais l’auteur de La Jeune Parque n’a-t-il pas trop tôt renoncé à son grand projet d’oeuvre infinie ?

Bernadette Engel-Roux est toute ferveur, toute force et toute finesse. Elle se montre douée d’indépendance dans la traversée d’un univers presque contigu au sien. Une lecture incomparablement mobile lui dicte des inspirations judicieuses ; et ses propres dons d’écrivain me paraissent des plus rares.

Gaspard Olgiati

Paru le 1er mars 1996

Éditeur : Babel éditeur

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.