La mort ne séduit pas les ivrognes d’Omar Youssef Souleimane

Je n’ouvrirai pas mon cœur
Nous sommes aussitôt revenus du froid des cimetières
Et nous avons offerts les fleurs et les victimes
Dans la pièce aucune tristesse
Dehors aucun bruit de guerre
Néanmoins l’enfer est un taureau
Et nos pensées sont rouges

Extrait du livre La mort ne séduit pas les ivrognes, L’Oreille du Loup, 2014.

Paru le 1er décembre 2014

Éditeur : L’oreille du Loup

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.