La poésie hors du livre (1945-1965) par Céline Pardo

La poésie hors du livre (1945-1965) par Céline Pardo

Prétendre que la poésie en France, après les années d’Occupation, s’est repliée sur elle-même et coupée du public, c’est oublier l’impressionnante vitalité du genre dans ses formes oralisées, hors du livre : car on l’écoute plus qu’on ne la lit. Diffusée à la radio, sur disque et même à la télévision, récitée, lue ou chantée dans les cabarets, adaptée pour la scène, la poésie circule de bouche à oreilles.

Il faut remettre cette poésie oralisée à sa juste place dans la vie culturelle des années 1945-1965 et interroger les effets des pratiques d’oralisation sur la création poétique. Les médias audiovisuels publics ont certes besoin des poètes pour assurer leur service culturel et forger un art qui leur soit propre, et les maisons de disque font commerce de la « voix des poètes ». Mais les poètes ne sont pas en reste : nombre d’entre eux, comme Éluard, Tardieu, Soupault, Aragon, Pichette, Artaud, Prévert, mais aussi Garnier, Dufrêne, Heidsieck, Gherasim Luca, s’emparent de ces nouveaux moyens de diffusion et d’expression pour dire leurs textes, se mettre en scène, inventer de nouveaux rapports avec le public, de nouvelles formes d’écriture et de présence à l’œuvre.

Outre l’éclairage projeté sur un aspect mal connu de l’histoire de la poésie, le lecteur trouvera dans ce livre une invitation à ouvrir ses oreilles, à affiner son écoute pour goûter l’infinie subtilité des ressources expressives de la voix parlée.

Paru le 1er avril 2015

Éditeur : Presses de l’Université Paris-Sorbonne

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.