La propre au chant

Gabrielle Althen

Lorsque le soir jette sa nappe trop pure
Sur le trou de l’azur et le cri de la bête
Les mots jamais lavés
Et la peine triviale
Parle mon frère
Car j’ai les mains qui pleurent
Est-ce que le vent commence à la cascade ?
Pourquoi ai-je les mains qui pleurent ?
Parle je te prie
Le vent rouvrira-t-il sa lessive de mots ?
Donne-moi mon nom dessine mon murmure
Oh ! la pelote du coeur !
- Soupir d’une étonnée de sa douleur
Se pose sur un doigt un mince oiseau de joie
On ne saura lequel
On ne saura de qui

Gabrielle Althen

Poème
de l’instant

Avis

Voyageurs du soir qui suivez la rumeur
Des vagues et l’étoile bleue des baies,
Gardez-vous de trop songer à vos songes
Et d’héberger pour longtemps les chagrins
Qui saccagèrent votre vie passée.
Il est au bout de la nuit une terre tout ensemble
Proche et lointaine que le jour naissant
Exalte d’hirondelles et de senteurs de goyave.
Un pays à portée de cœur et de sourire
Où le désir de vivre et le bonheur d’aimer
Brûlent du même vert ardent que les filaos.
Craignez de le traverser à votre insu :
Les saisons sur vos talons brouillent le paysage ;
Mais chaque pas est la chance d’un rêve.

Fatho Amoy, « Avis », Chaque aurore est une chance, Éditions CEDA, 1980.