La remarque de l’ours

d’Anne de Staël, collection La rivière échappée

L’ours sort de sa tanière à midi.
Si son ombre est projetée sur le sol, il fait aussitôt demi-tour pour se rendormir quarante jours d’affilée.
L’ombre lui indique qu’il peut encore neiger. S’il ne voit pas son ombre il sait alors que le printemps est là. On ne peut reien dire de la fin de l’hiver avant que l’ours ait fait sa "remarque".
Effroi que suscite le mot chez celui qui le prononce. Se rendormir quarante jours durant est écrat du poème sur l’éveil naturel qui lui fait ombre. Retrait de l’ombre sur la page de l’ours. L’imprimé est dans une neige le retour obscur de la "remarque".

Paru le 1er janvier 2000

Éditeur : Apogée

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Jean-Louis Rambour

33 poèmes en forme de nouvelles (ou l’inverse)

Il arrive fréquemment que les hommes aient peur des chevaux. Certains jouent les indifférents, d’autres ne cachent pas leur inquiétude. Pégase, le cheval divin, avait des ailes d’ange à faire peur. Incitatus avait une écurie de marbre, une mangeoire en ivoire, à faire peur. Sur la tombe de son cheval, Alexandre fonda la ville de Bucéphalie et provoqua peur et questionnement. Mais là, là, dans ce champ jaune, il s’agit de retourner les terres les plus empierrées, car tout le monde ne possède pas encore son Massey Ferguson. Auquel on ne prête ni ailes ni ombres.

Jean-Louis Rambour, 33 poèmes en forme de nouvelles (ou l’inverse), Cahiers du Loup bleu, Les Lieux-Dits, 2020.