La sardane d’Argeles

Auteur : Serge Pey

La sardane d'Argeles

La poésie a aussi un devoir de mémoire. En 1939, talonnés par les troupes franquistes, cinq cent mille républicains espagnols arrivent à la frontière française, où les attendent l’horreur des camps de concentration, la mort par maladie, et bientôt pour beaucoup d’entre eux, la déportation en Allemagne nazie.
Ce long poème, au nom évocateur de La Sardane d’Argelès, se déroule dans la communion d’un souvenir. Serge Pey a voulu réunir dans ce texte, reposant sur le rythme d’une sardane, son ami le peintre catalan Joan Jorda et son père qui furent enfermés en même temps au camp de concentration d’Argelès, maintenant devenu une plage, dans un coin de la Méditerranée.
Serge Pey évoque ici, une sardane dansée à l’envers par des libertaires catalans, les dos des danseurs uniquement se faisant face, la tramontane soulevant le sable froid, devant les fusils de l’armée française. Cette danse, symbole de la nation catalane, où les pas sont comptés en silence, est un hommage à ceux tombés dans toutes les fosses communes de l’espérance.

Paru le 1er mars 2014

Éditeur : Dernier télégramme

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Qui veille sur la cigogne aveugle

Le bloc-notes sous l’oreiller

Je le retire à l’aube
du profond de mes songes.
Ma main a gribouillé,
en toute liberté, dans le noir.
J’en décrypte à peine les signes,
on dirait des inscriptions rupestres.
Je me suis adressée à moi-même
des messages d’ailleurs.
Et l’aube se précise
grâce à leur imprécision.

Blaga Dimitrova, 1922-2003, Qui veille sur la cigogne aveugle, traduit du bulgare par Vera Marinova, Revue Europe, 1990.