La véranda

Auteur : Eric Sautou

La véranda

Dédié à la mémoire de la mère de l’auteur, La véranda est un livre d’évocations circulaires autour de la fixation de motifs répétés. Ecrit dans un féminin que vient compléter en délicate filiation le masculin, c’est une mélopée sur un fil, qui tournoie sans jamais tomber, autour de choses simples : la pluie, les fleurs, le jardin, les feuilles qui tombent. Et comment tout bouge entre ces choses, comme on les reprend, les répète, les fait tourner en soi. Valse lente d’une émotion faussement contenue entre parenthèses, qui explose de l’intérieur, dans la beauté de leur retenue, dans la reprise des jours disparus, des jours passés, des rêves un peu dissous. Assis là oui, le temps est passé, il n’y a presque rien à se dire. On brûle des herbes, ensemble assis là. Il se passe quoi ? Cela vous déchire sans avoir l’air d’y toucher. Le souvenir, on se parle encore un peu, les yeux fermés, « nous étions mère et fils ». Et ces façons de s’éloigner, parce que tout s’efface, tout tombe, les voix s’effilochent. On ne sait pas ce qui reste, un peu d’étreinte du vide. Quelques jours malheureux, on commence à oublier les visages. On ne sait plus qui parle. On se répète du bout des lèvres quelques souvenirs. Des souvenirs seuls, quand on se retrouve seul, deux simples chaises vides là sur la véranda avec « plus personne où aller ».

Paru le 21 novembre 2018

Éditeur : Unes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.