La vie en désordre

Auteur : Bernard Noël

<i>La vie en désordre</i>

L’auteur fait ici l’expérience d’une désaffection/interruption du langage, affrontant son impuissance à être lorsque les mots viennent à manquer, et que surgit, derrière le vide, l’attente…“Quand l’écrivain affronte son effondrement, c’est l’écrivain qui se trouve interrompu”. Une suite en cinq parties : De la sueur des mots. Poème d’attente. Poème en désordre. L’émotion du temps. Le désir d’écrire.

Extrait
on aimerait voir passer un dieu mort
enfin quelqu’un pas seulement un nom
mais rien ne glisse au fil du temps

l’inexistence est parfois si présente
est-il possible que le vide soit plein
que son creux sonne en plein dedans

le corps possède ainsi ses blancs
un quelque part qui n’est pas organique
un quelque chose informe et sans limites

êtes-vous déjà venu ici fait une voix
aucun son rien qu’une image vive
un pays flou dans la nuque

quelle écriture pourrait sauver le vif
jeu de limaille vers l’aimant secret
tout pressentiment pétille en vain

pas de sens dans les coïncidences
juste un reflet qui fait plaisir
l’azur ne sera jamais que l’azur

Illustrations
En frontispice, la reproduction d’un collage d’Henri Baviera.

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.