Langue interdite

Auteur : Marie-Josée Desvignes

Langue interdite

La langue maternelle, est-ce la langue de nos mères ? Celle de notre petite enfance, peut-être même différente de celle de la mère ? Celle qui nous donne notre identité ? Si tout passe par le langage, elle est toute puissance quand l’écrivain s’en empare faisant œuvre « avec » et « contre », tout à la fois lui appartenant et s’en tenant éloigné. Sait-on toujours si elle nous constitue ou nous dépossède, si elle est nôtre ou étrangère ?
L’écrivain parfois ou le poète plus souvent la tient éloignée de lui, la cherche dans un ailleurs, un autre idiome, peut-être une langue fantasmée, dans le refus, la honte de ne pas posséder celle d’une ascendance déniée.
L’exil est un voyage aux frontières du mystère, de l’absence et du manque d’amour.
Il arrive parfois que son accès se pare d’un double interdit ; quand la mère elle-même s’est tenue loin de l’enfant, lui refusant ce partage. Alors, dans les mots du corps s’inscrit le silence au cœur même de la parole niée.
Dans cette crise de langage, les mots deviennent de véritables « sables mouvants » (Bataille) piégés par la fulgurance et la rage du dire.
L’exil, l’abandon et la petite musique lancinante de cette langue amère composent ici l’acheminement à son indépassable expression.
Dans l’exil de la langue dans l’épaisseur des songes dans la nasse des mots puiser au puits du temps réconciliation et silence. M.J. Desvignes

Paru le 1er octobre 2018

Éditeur : Editions Alcyone

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

Es como abrir un menhir con las manos

Cesad de buscar, vosotros mismos sois la puerta
y también los guardianes que prohiben la entrada.
A cada paso que dais os alejais del ombligo
convertidos en fantasmas sedientos de aventura.
Creeís que el matrimonio os libera de la muerte
o que el dinero os inscribe en la jerarquía divina.
Cesad de buscar, el filtro mágico es la conciencia,
ojo que puede regresar a las cuencas vacías de Dios
atravesando la muerte. Nadie se encuentra a sí mismo
recorriendo los mares o bajando a cavernas.
No es fácil, es como abrir un menhir con las manos
porque tenemos un alma más dura que la piedra.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.