Langue interdite

Auteur : Marie-Josée Desvignes

Langue interdite

La langue maternelle, est-ce la langue de nos mères ? Celle de notre petite enfance, peut-être même différente de celle de la mère ? Celle qui nous donne notre identité ? Si tout passe par le langage, elle est toute puissance quand l’écrivain s’en empare faisant œuvre « avec » et « contre », tout à la fois lui appartenant et s’en tenant éloigné. Sait-on toujours si elle nous constitue ou nous dépossède, si elle est nôtre ou étrangère ?
L’écrivain parfois ou le poète plus souvent la tient éloignée de lui, la cherche dans un ailleurs, un autre idiome, peut-être une langue fantasmée, dans le refus, la honte de ne pas posséder celle d’une ascendance déniée.
L’exil est un voyage aux frontières du mystère, de l’absence et du manque d’amour.
Il arrive parfois que son accès se pare d’un double interdit ; quand la mère elle-même s’est tenue loin de l’enfant, lui refusant ce partage. Alors, dans les mots du corps s’inscrit le silence au cœur même de la parole niée.
Dans cette crise de langage, les mots deviennent de véritables « sables mouvants » (Bataille) piégés par la fulgurance et la rage du dire.
L’exil, l’abandon et la petite musique lancinante de cette langue amère composent ici l’acheminement à son indépassable expression.
Dans l’exil de la langue dans l’épaisseur des songes dans la nasse des mots puiser au puits du temps réconciliation et silence. M.J. Desvignes

Paru le 1er octobre 2018

Éditeur : Editions Alcyone

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.