Langue interdite

Auteur : Marie-Josée Desvignes

Langue interdite

La langue maternelle, est-ce la langue de nos mères ? Celle de notre petite enfance, peut-être même différente de celle de la mère ? Celle qui nous donne notre identité ? Si tout passe par le langage, elle est toute puissance quand l’écrivain s’en empare faisant œuvre « avec » et « contre », tout à la fois lui appartenant et s’en tenant éloigné. Sait-on toujours si elle nous constitue ou nous dépossède, si elle est nôtre ou étrangère ?
L’écrivain parfois ou le poète plus souvent la tient éloignée de lui, la cherche dans un ailleurs, un autre idiome, peut-être une langue fantasmée, dans le refus, la honte de ne pas posséder celle d’une ascendance déniée.
L’exil est un voyage aux frontières du mystère, de l’absence et du manque d’amour.
Il arrive parfois que son accès se pare d’un double interdit ; quand la mère elle-même s’est tenue loin de l’enfant, lui refusant ce partage. Alors, dans les mots du corps s’inscrit le silence au cœur même de la parole niée.
Dans cette crise de langage, les mots deviennent de véritables « sables mouvants » (Bataille) piégés par la fulgurance et la rage du dire.
L’exil, l’abandon et la petite musique lancinante de cette langue amère composent ici l’acheminement à son indépassable expression.
Dans l’exil de la langue dans l’épaisseur des songes dans la nasse des mots puiser au puits du temps réconciliation et silence. M.J. Desvignes

Paru le 1er octobre 2018

Éditeur : Editions Alcyone

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.