Laq quatrains d’Omar Khayvam

Laq quatrains d'Omar Khayvam

A la mort d’Omar Khayyam, quelques centaines de quatrains sont retrouvées. Lui qui haïssait plus que tout l’esclavage de la pensée nous a légué ces poèmes qui, aujourd’hui encore, s’élèvent contre l’imposture religieuse et politique.

Eminent savant, être épris de liberté, il s’éloigne, vers trente ans, du pouvoir et de tout risque de compromission. Mathé­maticien et astronome, ses calculs sur l’infiniment grand l’ont rendu proche de l’infiniment petit. A force de sonder le ciel, il a mesuré la durée dérisoire des hommes. Et ce point zéro où apparaît et s’abîme fatalement tout ce qui vit, a inspiré en lui le poète. Il rédige les Rubaï’yat, Quatrains dans lesquels il célèbre les femmes et la beauté, l’ivresse et la poussière du néant. La forme de ces vers lui permet de dire l’usage du monde et sa mesure.

Préférant les jouissances de l’éphémère aux vérités érigées en dogmes, il ne souhaite à l’humanité qu’ivresse et amour. Mystique en apparence, débauché en réalité, mêlant le rire à l’incré­dulité, Khayyam est l’homme le plus curieux à étudier pour comprendre ce qu’est devenu le libre génie de la Perse dans l’étreinte du dogmatisme musulman. Le manteau des explications mystiques couvre, dans ses poèmes, toutes les hardiesses.

Qu’un pareil livre ait pu circuler libre­ment dans un pays musulman, est un sujet de surprise : la littérature européenne peut-elle citer un ouvrage où toute croyance soit niée avec une ironie si fine et si amère ?

Paru le 1er novembre 2008

Éditeur : Allia

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.