Le Chant du peuple juif assassiné d’Yitskhok Katzenelson

Le Chant du peuple juif assassiné d'Yitskhok Katzenelson

e long et magnifique poème narratif unique en son genre, dernière et plus grande œuvre d’Yitskhok Katzenelson, est à la fois la voix d’une souffrance personnelle indicible et celle de tout un peuple assassiné. Écrit après trois ans de lutte dans le ghetto de Varsovie, le meurtre de sa femme et ses enfants et le transfert au camp de Vittel, antichambre de la mort.
Sa voix s’impose, résiste, récuse, crie, interpelle, invective, blasphème et fulmine face à la terre et au ciel contre la profanation, l’horreur et le néant.
Le poète écrit par choix en yiddish plutôt qu’en hébreu, obéit à une forte contrainte formelle (quinze chants de quinze versets chacun de quatre vers devenant de plus en plus libres) et déploie sa force et son génie dans tous les registres du langage. Donne la parole aux morts. Transgresse les genres, la chronologie. Mêle le présent au passé, le je au tu. Tente de s’affranchir du temps.
Six manuscrits du Chant du peuple juif assassiné ont été enterrés dans le camp de Vittel et un a pu sortir dès la mi-juillet 1944, dissimulé dans la poignée d’une valise. Publié de façon confidentielle en 2001 dans la revue Caravane, puis en édition bilingue en 2005 (Bibliothèque Medem), ce chef-d’œuvre est désormais accessible dans une édition à la portée de tous.

Traduit du yiddish par Batia Baum. Présenté par Rachel Ertel

Paru le 1er février 2007

Éditeur : Zulma

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.