Le Graal des taoïstes

André Velter

Non

Quand un poète respecte sa liberté et son ivresse,
Il vagabonde ici ou là comme un clochard céleste.
Si un important l’importune, patron ou président,
Il secoue ses haillons d’ivrogne transcendantal

Et sait le congédier.

in Treize poèmes improvisés à la gloire du vin en compagnie
de Wang Xizhi, Tao Yuanming, Wang Han, Wang Wei,
Li Bai, Du Fu, Li Yu, Liu Yong, Su Shi et Wang Shipu.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.