Le Graal des taoïstes

André Velter

Non

Quand un poète respecte sa liberté et son ivresse,
Il vagabonde ici ou là comme un clochard céleste.
Si un important l’importune, patron ou président,
Il secoue ses haillons d’ivrogne transcendantal

Et sait le congédier.

in Treize poèmes improvisés à la gloire du vin en compagnie
de Wang Xizhi, Tao Yuanming, Wang Han, Wang Wei,
Li Bai, Du Fu, Li Yu, Liu Yong, Su Shi et Wang Shipu.

Poème
de l’instant

Stèles

La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l’atteindre, que le dépit ne t’émeuve : Ne l’as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s’étale sous ta marche. Même si tu n’en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, - tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l’as jamais vue nue, sans voix, sans défense, - contemple-la de ton désir .

*

Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t’a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu’elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.

Victor Segalen, Stèles, « Stèle au désir », 1912.