Le Ministère des sentiments blessés, d’Altaf Tyrewala

Le Ministère des sentiments blessés, d'Altaf Tyrewala

Brutale, rapide, furieuse, portée par une énergie lyrique qui semble épouser celle-là même de Mumbai, tendue d’ironie, cette chronique en vers, inclassable et parfois irrésistiblement drôle, emporte le lecteur d’un moment à l’autre, d’un milieu à l’autre, d’un sujet à l’autre, tressant mille histoires.
Qu’il s’agisse de la circulation délirante à Mumbai, “carambolage monstre près de la côte”, des demi-gobelets de chai à quatre sous, des Intouchables, de la prostitution, des trains de banlieue à une heure de pointe ou de l’extrême difficulté à se loger, ces histoires qui prennent à bras le corps toutes les réalités d’une grande métropole, même les plus triviales, sont travaillées d’images saisissantes et contées sur un rythme obsédant, proche du slam. L’écriture à l’œuvre, soucieuse avant tout de ce qui est, associe prose et poésie et entend participer aux registres les plus opposés du réel.
Mais entre les fragments du sauvage désastre sourd une compassion qui, plus encore que révolte ou colère, ne peut qu’éveiller chez le lecteur le sentiment d’une urgence tant éthique que politique, vrai message de cette vision du terrible et mystérieux aujourd’hui.

Paru le 7 novembre 2018

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Cécile Coulon

Courir

La course, la vraie, est une fureur carnivore. Un astre brûlant caché dans les jointures du corps ; elles grincent, la nuit, comme un miracle froissé. Une force qui rugit, à laquelle nous sommes forcés de croire puisque qu’il n’y a qu’elle qui puisse suspendre aux crochets des montagnes des femmes et des hommes emplis de cette beauté brutale qui ne supporte ni la lenteur, ni les cris, ni ces bouquets d’amnésie qu’on s’offre pour éviter d’avoir mal. »

Cécile Coulon extrait de « Courir », Les ronces, Éditions Le Castor Astral, 2018