Le Traitement des circonstances de Jean-Paul Chague

Le Traitement des circonstances de Jean-Paul Chague

"Le Traitement des circonstances poursuit la tentative d’épuisement d’un dispositif simple : partir d’un octosyllabe et y ajouter 10 lignes. Il s’agit d’embrasser tout ce qui passe : écriture fragmentaire et délibérément faite de disparates, énoncés divers, propos rapportés ou inventés, citations qui stationnent un instant et s’affectent distanciées. La dispersion même est assumée. Le « ce qui arrive » pris « comme il arrive » : formule quasi stoïcienne. Cela ne va pas sans menus écarts, éclats agrammaticaux. La « belle langue » juste égratignée ; l’auteur se voulant néanmoins toujours « syntaxier ». L’interrogation centrale reste : qu’est-ce qui s’IMPRIME ? Surtout si l’on en croit Emmanuel Hocquard cité en épigraphe : « Dès qu’on utilise / un mot c’est pour dire / autre chose ». D’où ce motif à traitement. L’auteur ajoutant ailleurs voir l’écriture comme une « usine de retraitement du réel ». Si le poème peut tout accueillir, d’évidence tout ne fait pas poème. Est-ce que tout reste ouvert ? J.-P. Chague aurait souhaité ici qu’une petite ouverture soit « audi-visible »."

Paru le 1er septembre 2007

Éditeur : Grèges

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.