Le Vent du retour de Rainer Maria Rilke

Les traductions de Rilke par Claude Vigée ont une justesse et une fluidité incomparables. Dans sa préface à ses traductions le poète alsacien livre le secret de ce long et fructueux compagnonnage :« Rilke, écrit-il, est une découverte de ma jeunesse en Alsace. J’ai appris par cœur quelques-uns de ses poèmes en 1937-1938, au lycée Fustel-de-Coulanges à Strasbourg. Comment ai-je senti vivre et croître en moi la poésie de Rilke ? Ma confession va peut-être vous surprendre : c’est le ton un peu provincial, presque maladroit, de l’allemand du sud démodé et suranné caractéristique de Rilke qui m’a séduit d’emblée. J’y ai été d’autant plus sensible que je suis patoisant de naissance. à travers mon dialecte alémanique originel, j’entendais résonner chez lui – dans ces poèmes tout en demi-teintes, empreints d’une humeur grave, souvent nostalgique – des accents oubliés de jadis, des inflexions déchirantes qui me semblaient venir d’un domaine de parole désormais interdit. » Le choix de textes ici présenté est représentatif de l’ensemble de l’œuvre de Rilke depuis les textes de jeunesse jusqu’aux poèmes posthumes. Il est aussi, et c’est là tout son intérêt, le reflet de la sensibilité personnelle de Claude Vigée, ouverte sur la quête intérieure comme sur la magie de la langue. Ce livre constitue ainsi un excellent ouvrage de référence pour qui veut découvrir l’itinéraire de Rilke et le génie particulier de son écriture. A noter que cette nouvelle édition du Vent du retour, publié en 1989 dans les Cahiers d’Arfuyen, est fort différente de la précédente : la présentation par C. Vigée est entièrement nouvelle, la traduction est revue et enrichie de nouveaux poèmes, enfin et surtout cette nouvelle édition est intégralement bilingue allemand-français.
Collection Neige n° 10

Paru le 1er janvier 2005

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.