Le baiser du temps

d’Askinia Mihaylova

Le baiser du temps

Prix Apollinaire dès son premier livre écrit en français, ce poète bulgare nous revient avec un recueil qui confirme avec éclat son talent et sa singularité. Précision de la langue, efficacité du vers, clarté des images. Et toujours cette liberté de ton d’une femme libre, envers et contre tout. Le baiser du temps a remisé l’amour pour s’occuper du temps : temps qui éloigne de l’enfance et de sa magie, temps qui use les corps, temps qui veut nous emprisonner dans le passé. Ce temps et son œuvre, elle en instruit le procès pour mieux affirmer que le présent existe : présent de l’écriture, présent du souvenir, présent de sa voix de femme indépendante et émancipée. Pour Aksinia Mihaylova, rien ne remplace la vie présente. C’est de là qu’elle tire le sens et toute l’énergie de ses poèmes. C’est en eux qu’elle transmue avec grâce les accidents de sa vie, ses chagrins comme ses bonheurs.

Paru le 13 juin 2019

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.