Le bois des corbeaux

Auteur : Evelyne Morin

Le bois des corbeaux

Dans le soleil et le vent et la brume il y a le silence hanté de la souffrance des hommes et des arbres et des bêtes, le vide des lieux détruits, la terre marquée de croix à l’infini des plaines et des collines, la sacralité du temps lourd de la mort présente.
Cent ans après la guerre de 1914-1918, entendre la parole fantomatique de la vie perdue.

Extrait

Paix

Que reste-t-il de ce qu’on ne sait pas
L’air est pur et bleu
Les voix dormantes
La guerre eut-elle lieu ici
Le jour semble intact
sans mémoire
La paix est rendue à la paix
Tant de souffrance pour arriver
à ce matin
Plus rien n’a lieu
et la terre s’étend à perte de croix
Le bleu du ciel croisé de blanc
Nul deuil que la tranquillité des champs

Des noms et des dates
et le temps peut s’arrêter là
sur cette terre qui n’était pas
vôtre Mais la mort
vous enterra
là Loin de vous

Soldats au bois mourant

Les arbres enchevêtrés du silence
des cris maintenant tus
Seules traînent les ombres
lumineuses de votre présence
absente

Un aigle surgit
de l’espace invisible
et s’envole
Ce fut un bref instant
une trouée de sens dans l’indicible
Et le bois se referma sur vous

Paru le 1er mars 2015

Éditeur : Gros Textes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.