Le cabaret de la souris rugissante

d’Erich von Neff

Le cabaret de la souris rugissante

Traduits par Jean Hautepierre, une cinquantaine de textes, plutôt des portraits en situation, de marginaux, souvent aux U.S.
L’auteur résume sous forme de narration :"Frieda et Gitta ont pris leur Bugatti pour aller au Cabaret de la Souris rugissante. Le temps a passé, elles se sont retrouvées au Bar du Piano rouge. Avec la complicité de Louis la Fouine, elles sont entrées en possession des plans secrets des Allemands et les ont donnés à la Résistance." voici un des poèmes de ce contexte mais comme le montre la couverture, on trouve aussi souvent des SDF et des alcooliques dans les rues de sa ville, San Francisco :

Le Loos Bar (Vienne)
Gitta était au Loos Bar
à Vienne.
Elle portait un chemisier.
Du blanc sur du blanc
contrebalancé par ses longs cheveux noirs.
Sa robe
noire elle aussi
avec une fente sur le côté.
Son rouge à lèvres :
Rouge
Vif
Dans sa main gauche
elle tenait un verre de cognac.
Les clients du Loos Bar
étaient rassemblés autour d’elle.
Certains buvaient et riaient.
Elle a commencé à raconter :
« Mes premières années ont été abominables.
Sans but.
Trop de whisky.
Trop d’hommes au torse velu.
Jusqu’à ce que je lise un jour
Der Logische Aufbau der Welt[1]
(La Construction logique du monde)
Ou était-ce
Anschauliche Geometrie.[2]
(La Géométrie intuitive)
Peu importe.
Dès lors j’ai réalisé que
mes ongles
étaient des griffes
mes talons
des armes de destruction massive.
Les hommes au torse velu
m’évitaient désormais.
J’ai regardé bien au fond
de mon verre de cognac
cela m’a frappé
comme la foudre :
Die Entropie der Welt strebt einem
Maximum zu[3].
(L’entropie du monde tend vers un maximum)

erich von neff extrait de LE CABARET DE LA SOURIS RUGISSANTE

NOTES :
[1] Der Logische Aufbau der Welt (La Construction logique du monde), Rudolf Carnap (1891-1970). Il était un membre important du Cercle de Vienne.
[2] Anschauliche Geometrie (La Géométrie intuitive), David Hilbert (1862-1943), mathématicien allemand.
[3] Attribué à Rudolf Clausius (1822-1888), physicien et mathématicien allemand.

Paru le 8 septembre 2019

Éditeur : Atelier de l’agneau

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.