Le cri des femmes afghanes

Anthologie établie et traduite par Leili Anvar

Le cri des femmes afghanes

Préface : Atiq Rahimi

Le mot de l’éditeur :

Il existe « un cri du silence » comme il existe des silhouettes sans visage et des visages sans voix. En Afghanistan, depuis longtemps déjà, l’oiseau noir de la peur paraît s’être juché sur l’épaule des femmes. Du monde libre qui est le nôtre, nous les imaginons invisibles et muettes sous la burqa, condamnées à la misogynie aveugle, recluses dans le poing d’une domination archaïque. Pourtant en Afghanistan, comme ici, des femmes lisent et écrivent. Des vers. Des chants. De la poésie. Des mots qui ouvrent en elles, et autour d’elles, un espace de liberté où ce qui est interdit, tabou, bafoué, vient sourdre comme une source à la surface de la terre. Les langues se délient. Les corps parlent. L’âme trouve une voix. Et l’eau de leurs poèmes irrigue le monde d’une espérance que l’on n’attendait plus. Oui, le courage des femmes dévoile ici son vrai visage.

Extrait :

« La nuit, les étoiles
 
Brûlent de douleur avec nous
 
La nuit, les nuages
 
Pleurent de chagrin avec nous
 
La nuit, les feuilles
 
Tremblent de peur avec nous
 
La nuit, les vents
 
Soufflent de rage avec nous
 
Et nous, dans les ténèbres de ces nuits
 
Débordant de cris sans voix
 
Avec la torche de nos prières
 
C’est l’aube que nous attendons… »

– Parvin Pejvâk

Paru le 20 mai 2022

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Poème
de l’instant

Franck André Jamme

Au secret

J’aurai vu.
J’aurai saisi, à force, les trois cercles :
le commun, le propre et celui de l’arcane.
J’aurai su le désir et le vide.

Parfois, trop proche de comprendre,
j’aurai baisé les lèvres de l’abîme.
Quelques chances m’auront sauvé.
Il me faudra beaucoup d’esprit,
à la dernière passe,
pour rire de l’infime chemin parcouru.

Franck André Jamme, Au secret, Éditions Isabelle Sauvage, 2010.