Le dépositaire

Auteur : Jean-Luc Steinmetz

<i>Le dépositaire</i>

Dans l’exploration du temps qu’elle suppose, la poésie s’adonne autant au présent qu’à la mémoire.
• La première partie de ce livre recueille (mais n’est-ce pas « lire » ?). Ce n’est pas le passé qui est alors envisagé, mais l’instant tel qu’il peut s’offrir, sans extases dûment affichées, ni portes ouvertes aux regrets. Le vers libre est plutôt construit pour aboutir, par segments, à des maximes provisoires. Il est attentif à son apparition.
• Les trois autres séquences, dont la deuxième et la troisième, plus brèves, imposent un déplacement dans l’espace. L’une indique un amour lointain, sans inclure le haïkaï auquel on pouvait ici s’attendre. L’autre, en terres borgésiennes, se veut à l’affût de banalités qu’elle exaspère.
• La dernière longue séance, « Lignes de Crète », fait écho à un carnet de sensations et de pensées déjà donné dans deux autres livres. La prose, cette fois, y domine, mais sous l’aspect de fragments. L’interrogation sur le poème qui s’y poursuit, atteint à l’évidence l’« être », en toute conscience de la langue où ce mot même prit sa valeur philosophique. Le gain de ces textes est dans la perte qu’ils suggèrent – laquelle n’est pas nécessairement dénuée d’espérance. En l’occurrence, sans démontrer, viennent au jour des poèmes qui ont lieu d’être.

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.