Le dernier poète expressionniste (écrits sur Pasolini)

Le dernier poète expressionniste (écrits sur Pasolini)

d’Hervé Joubert-Laurencin

Le dernier poète expressionniste, c’est lui : c’est Pasolini.
« Dernier » comme on appelle dernier des hommes un personnage de Murnau.
« Dernier poète » parce qu’on cherche encore qui pourrait aujourd’hui représenter et assumer la vieille figure du Poète.
« Expressionniste » parce que la vraie découverte est l’originalité de son œuvre, propre à changer la vie, non à l’accompagner ou à la réformer.
« Dernier poète expressionniste » comme on peut le lire à travers l’écriture nerveuse et contractée du scénario inédit traduit à la fin du présent recueil.

Après la traduction de Contre la télévision, Théâtre 1938-1965 et Le dada du sonnet, Hervé Joubert-Laurencin propose aujourd’hui, dans une quinzaine d’articles, sa lecture de l’œuvre écrite, filmique et picturale de Pasolini.

Paru le 1er décembre 2005

Éditeur : Les solitaires intempestifs

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.