Le désespoir est trop facile

de Monzer Masri

Le désespoir est trop facile

traduit de l’arabe par Maram al-Masri

Le poète et peintre Monzer Masri a fait le choix de rester en Syrie et de continuer à vivre parmi les siens, parmi les gens de Lattaquié, ce port méditerranéen qui est sa ville. Ce choix n’est pas simple mais il ne s’imagine pas vivre ailleurs et, dit-il, « Je crois que la poésie qui mérite ce nom est la poésie qui aide les gens dans leur recherche diligente et dure, depuis le moment de leur naissance jusqu’au moment de leur mort, leur quête du bonheur. » Monzer est un poète reconnu en Syrie et dans le monde arabe. Il a par la nouveauté de ses poèmes et par le soutien qu’il leur a apporté exercé une forte influence sur beaucoup de poètes de sa génération ou plus jeunes.

Paru le 5 mars 2020

Éditeur : Le Temps des cerises

Genres de la parution : Recueil Version bilingue

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stèles

La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l’atteindre, que le dépit ne t’émeuve : Ne l’as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s’étale sous ta marche. Même si tu n’en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, - tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l’as jamais vue nue, sans voix, sans défense, - contemple-la de ton désir .

*

Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t’a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu’elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.

Victor Segalen, Stèles, « Stèle au désir », 1912.