Le diable, l’assaisonnement

Auteur : Denis Montebello

Le diable, l'assaisonnement

Après Fouaces et autres viandes célestes, pour lequel Denis Montebello a reçu le Prix du Livre en Poitou-Charentes, Le Prix des Mouettes et le Prix Erkmann-Chatrian, voici le deuxième volume d’une série de chroniques gourmandes par cet amoureux des saveurs et des mots qu’il arpente et qu’il prend par la racine.
Au même, pour l’inviter à un dîner poétique. À un de ces repas virgiliens comme en écrivit Pétrarque, avec des fruits mûrs, des châtaignes moelleuses et du fromage frais en abondance.
À l’autre aussi, parce que M. Léopold Bloom ne se contentait pas d’un sandwich au fromage. Prendrait volontiers quelques olives s’il y en avait. Préfère celles d’Italie. Une brave salade fraîche comme l’innocence. À condition qu’elle soit relevée comme il faut. Huile d’olive pure. « Dieu a fait l’aliment, dit-il, le diable l’assaisonnement ».

Paru le 1er mars 2007

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.