Le grand silence

Auteur : Gérard Pfister

Le grand silence

Le grand silence
Oratorio
"…
Le grand silence inaugure une nouvelle trilogie. Si la forme était encore fragmentaire dans les textes de la trilogie précédente, elle se déploie à présent en une composition unique en neuf mouvements (ou arias), où les thèmes, les images et les couleurs s’organisent en une seule ligne tenue du début à la fin, sur le modèle de l’écriture musicale. L’oralité prend dans cette forme une place essentielle, d’où aussi le sous-titre d’oratorio, impliquant un rapport étroit du texte avec une mise en voix et en espace.
Citons ici le début du Grand silence, afin d’en présenter le thème et de faire sentir la nature profondément musicale de sa composition : « mes morts / sont derrière moi // mes morts / me portent // comme un long/ profond // sillage / une mêlée // épaule /contre épaule // rang / après rang // courbée / en une seule // obscure / puissance // front / contre front / penchée / en un unique élan // mes morts / sont derrière moi // mes morts / me portent // en avant / toujours // qui sait / vers quoi // vers où / me // portent / me poussent // je reconnais / leurs visages // derrière moi / paisibles // concentrés /dans l’effort //le corps / porté en avant // les yeux /ouverts // grands ouverts / sans ciller jamais // je reconnais / leur visage //mais ils n’ont pas /de voix »

Texte © Editions Arfuyen

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.