Le jardin des hommes

entretiens sur la colère

Auteur : Carol Vanni

Le jardin des hommes
La plupart du temps, la colère, je ne l’appelle pas et je fais tout mon possible pour qu’elle n’arrive pas chez les autres.
Cette zone de désaccord, de conflit, je l’évite.
Pourtant dans ma vie privée comme au travail, je sais me mettre en colère, mais ça me coûte : ça me fait mal et ça m’épuise.
Au boulot c’est souvent une injustice, une erreur qui pourrait déclencher la colère, je n’y ai pas recours, je gère autrement.
Et personnellement, c’est un excès de tristesse, la colère c’est contre moi. Je ne l’oriente pas au-delà.

La colère, la colère des hommes, est l’axe pivot de ce texte de Carol Vanni.

En questionnant des hommes, proches ou inconnus, elle s’attelle à interroger cette émotion, à tenter d’en saisir les contours, les formes, les ombres. En provoquant la rencontre, elle les écoute parler de leur colère ; sentiment ambivalent tantôt constructif tantôt destructeur. Elle collecte ces témoignages comme on collectionne des trésors, autant de parcelles intimes, de mises à nu.

Aux entretiens s’ajoutent des extraits de son journal intime et des récits du potager où elle travaille comme maraîchère. Les mains dans la terre, un refuge pour les jours trop noirs. Une invitation à plonger dans une intériorité, une vulnérabilité et sa propre colère. Le mélange des voix et des temps confère une nouvelle dimension au livre.

Délivrer la colère. Enjamber. Un pied, un pied et l’élan. Sauter au-delà de tout ce qui a trahi. Devenir fourmi ailée.

Ces portraits d’hommes façonnent un kaléidoscope de cette émotion brute. Ni thèse, ni constat, ces entretiens sur la colère posent, entre autres, la question du passage et du choix : que faire de sa colère, où la déposer, faut-il rester en retrait ou franchir le cap, est-ce douloureux ?
Et plus largement, en filigrane, le contexte social affleure. Dans notre monde, la colère est-elle acceptable ? a-t-elle sa place ?

Avec Carol Vanni, les questions restent entières, c’est cela que sous-tend son travail de collecte, c’est cela aussi qui nous laisse une place comme lecteur. Poser la question de la colère ne l’appauvrit pas, elle la multiplie, et c’est la marque d’un texte fort.

Paru le 11 mai 2022

Éditeur : Esperluète Editions

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : cet inconnu sis au plus intime de soi comme une abeille lovée dans l’ombre pourpre des pétales d’une rose tout en plis et replis pour s’y nourrir de son odeur, de ses sucs, de sa chair, de sa tiédeur. De ses secrets.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.