Le jeu tigré des apparences

Auteur : Jean-Luc Steinmetz

Que peut encore la poésie aujourd’hui ? Au-delà de tous les tours de passe-passe sur le langage ou de la foire aux sentimentalités, Le Jeu tigré des apparences ose répondre. Partant de l’« imparfait » que ressent tout désir d’absolu, il rejoint l’« illimité présent ». Il prend en compte les surprises de l’heure, note en termes insolites les variations de l’amour, développe une méditation de fin d’avril, décline les illusions de surface (« instables stries ») et déroule trente étonnants poèmes écrits à Port-au-Prince (« Haïti seule »). Autant de thèmes qui rejoignent ceux de la poésie universelle, mais avec des moyens neufs et l’élan d’une pensée liant avec une étrange aisance l’anecdote privée et l’Histoire du monde. De nouveau la poésie apparaît proche, et cette proximité transmet à chacun le pouvoir d’expression par lequel l’homme se donne la plus troublante preuve de son existence.

Paru le 1er février 2008

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

La panthère des neiges

L’affût commande de tenir son âme en haleine. L’exercice m’avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n’avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder le monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d’ombre. Peu importait qu’il n’y eût pas de panthère à l’ordre du jour. Se tenir à l’affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l’air de rien. On peut tenir l’affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. Dans ce monde il survient plus de choses qu’on ne le croit.

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Éditions Gallimard, 2019.