Le jeu tigré des apparences

Auteur : Jean-Luc Steinmetz

Que peut encore la poésie aujourd’hui ? Au-delà de tous les tours de passe-passe sur le langage ou de la foire aux sentimentalités, Le Jeu tigré des apparences ose répondre. Partant de l’« imparfait » que ressent tout désir d’absolu, il rejoint l’« illimité présent ». Il prend en compte les surprises de l’heure, note en termes insolites les variations de l’amour, développe une méditation de fin d’avril, décline les illusions de surface (« instables stries ») et déroule trente étonnants poèmes écrits à Port-au-Prince (« Haïti seule »). Autant de thèmes qui rejoignent ceux de la poésie universelle, mais avec des moyens neufs et l’élan d’une pensée liant avec une étrange aisance l’anecdote privée et l’Histoire du monde. De nouveau la poésie apparaît proche, et cette proximité transmet à chacun le pouvoir d’expression par lequel l’homme se donne la plus troublante preuve de son existence.

Paru le 1er février 2008

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.