Le jour à peine écrit

Auteur : Claude Esteban

« Qui songerait, même au soir de la plus vive attente, à reconnaître dans ses mots un sillage de ce qui fut ? À peine écrit, le jour appelle un autre jour et nous distance. Sur les pouvoirs de la parole, trop de soupçons, depuis longtemps, ont pesé. Il faut vivre avec eux. Mais le matin est là, l’heure nouvelle est urgente. À tous ces riens de l’air, à ces présences sans profil, il faut un corps qui les accueille, un nom aussi, par-delà tous les signes effacés. »
Claude Esteban.

Le jour à peine écrit ne se présente pas sous la forme d’une anthologie de poèmes épars. Le rassemblement ici proposé cherche à rendre compte, par de longues séquences, d’une trajectoire d’écriture qui se manifeste et se confirme à travers quatre livres majeurs de Claude Esteban, écrits entre 1967 et 1992 : Terres, travaux du cœur, Le Nom et la Demeure, Élégie de la mort violente, Quelqu’un commence à parler dans une chambre.
Le dernier recueil de Claude Esteban publié à ce jour, Morceaux de ciel, presque rien (Gallimard), a reçu le prix Goncourt/Poésie en 2001.

Paru le 1er avril 2006

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Le Poids vivant de la parole

On peut écrire, et l’on écrit ;
On peut se taire, et l’on se tait.
Mais pour savoir que le silence
Est la grande et unique clef,
Il faut percer tous les symboles,
Dévorer les images,
Écouter pour ne pas entendre,
Subir jusqu’à la mort
Comme un écrasement
Le poids vivant de la parole.

Armel Guerne, 1911-1980, Le Poids vivant de la parole, Éditions Solaire, 1983.