Le millier d’arbres sous le regard de Laurent Girerd

Le livre

Le millier d’arbres sous le regard est le carnet d’un voyage effectué au Japon pendant la période du hanami. Par hanami, les Japonais désignent ce moment de l’année sacré entre tous durant lequel, rassemblés sous les « nuages roses et flottants » des cerisiers en fleurs, les plus jeunes comme les plus âgés, les ruraux comme les citadins communient à la vue du printemps renaissant.
L’auteur, qui a pris l’avion depuis la France dans le but avoué de s’abîmer lui aussi dans la contemplation de cette pluie de pétales éphémère, retrace ici sa quête improbable. Quête sans cesse déçue, de Tôkyô à Kyôto en passant par les Alpes japonaises. En effet, la floraison n’est jamais vraiment au rendez-vous : toujours en mouvement, elle remonte dans le pays comme une vague et ajoute sa propre nature insaisissable à cette poursuite de la fugacité. Jusqu’à la dernière étape, au mont Yoshino, où, perdant tout espoir de réussite, mettant ses pas dans les pas des poètes anciens — Saigyô, Bashô, Buson —, l’auteur trouvera la paix dans les collines silencieuses.
Dans ce carnet de voyage, le blanc de la page se lit comme un espace vide où chaque fragment se fait pétale en chute libre.

Laurent Girerd est né à Toulon en 1972. Après un premier livre, L’attache aveugle (Cheyne, 1998), il a publié notamment à nos éditions La traversée (2007), journal d’un soldat de la Légion romaine en poste dans un fortin aux confins du désert saharien, Brève apologie de l’éloignement conjugal (2010), lettre à l’épouse doublée d’une réflexion sur la vie de couple dans l’éloignement consenti, puis Dans l’embrasure des vasistas (2013), recueil de poèmes où il revisite sa Méditerranée natale à travers l’évocation de petites vies intemporelles. Il est aussi l’auteur d’un livre d’artiste en collaboration avec Jean-Gilles Badaire, La longue attente (Faï fioc, 2015), qui a pour cadre l’île d’Ellis Island à New York.

Paru le 1er octobre 2015

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.