Le monde est marrant (vu à la télé)

Auteur : Christian Prigent

Ce volume rassemble une série de chroniques sur la télévision, parues bimensuellement, pendant deux ans, dans le magazine Le Matricule des anges. On y évoque par exemple des séries comme Caméra Café, des documentaires comme L’Odyssée de l’espèce, des émissions « culturelles » comme Corpus Christi, etc. Mais il ne s’agit pas d’un essai sur la télévision : savamment pensif, forcément critique, naturellement moralisateur et fulminant. C’est plutôt la confession d’un qui presque chaque soir (aux heures de préférence les pires, celles dites « de grande écoute ») se vautre devant la boîte à vider les cerveaux. Qu’est-ce qui pousse à communier dans l’idolâtrie devant ce petit autel d’insignifiance et de trivialité ? Pourquoi aimer à ce point une telle servitude ? Allumer le récepteur, c’est ouvrir un dictionnaire des idées reçues, une encyclopédie des veuleries du siècle, le Quid de ses snobismes, de son mauvais goût mercantile, de ses violences spectaculaires ou doucereuses. Rien de plus navrant que la vie et le monde vus à la télé. Mais, à ce point de bêtise et de crudité, rien non plus de plus marrant. Facile : suffit de zapper, à la fois consterné et hilare ; puis, en à peine accéléré, rien qu’un peu décalé, de décrire les images plates et de recopier les dialogues chromos qui déboulent, de journaux télévisés saucissonnés en grande solderie de séries planétaires, via les bouffonneries publicitaires, les cérémonies météorologiques, les sitcoms ménagers, les feuilletons tiroir-caisse et les docu-fictions en peau de lapin pour les presque nuls. Tout est là. Et hop, moteur : tout tourne à la farce, c’est guignol, c’est carnaval !

Paru le 1er juin 2008

Éditeur : POL

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.