Le mur

Christian Viguié

Au devant d’eux
il s’envola des oiseaux
pour les vagues du ciel

Il n’y avait pas la mer
mais le reflet du soleil
sur les coquillages rouges
d’un mur.

 *

Quelquefois contre le mur
une main d’enfant dépassait
comme une étoile

et ce n’était pas par hasard
que le jour s’éclairait.

 *

Il y avait de la lumière
dans le bec du merle
Il y avait du vent
simplement pour l’hommage.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.