Le pain quotidien

Auteur : William Cliff

<i>Le pain quotidien</i>

William Cliff est sans contexte un des poètes majeurs de ce temps, découvert par Raymond Queneau qui fut, aux Éditions Galliard, l’éditeur de son premier livre : Écrasez-le. Ont suivi plusieurs volumes de poésie aux mêmes éditions. La Table ronde a ensuite publié La Sainte Famille, premier récit en prose, fruit d’une "résidence" de six mois dans le Cabardès. Et une oeuvre poétique : L’Etat belge.

Le pain quotidien se présente comme un journal en dizaines décasyllabiques, qui se déroule de février 2003 à juillet 2005. L’auteur y relate ses humeurs à sa manière à la fois musicale et abrupte, dans un élangue d’autant plus moderne qu’elle se nourrit subtilement du fond poétique le plus universel, de Villon aux grands Rhétoriqueurs, de John Donne à Jean Genet, et qu’elle réussit à subvertir la tradition en lui restituant les pouvoirs et le rythme de la nouveauté. La forme classique - on pourrait dire médiévale - du dizain, loin d’être perçue comme une contrainte, témoigne au contraire d’une liberté d’allure tellement rare chez les poètes d’aujourd’hui qu’il est impossible de ne pas reconnaître la voix de Cliff, impérieuse et scandée comme aucune autre.

Cliff nous parle de la couleur du ciel, de ses colères, d’une lecture, des manies de son voisin, d’une rencontre furtive, de la bêtise des foules, de tous ces événements quotidiens dont nous sommes aussi des témoins. Et il fait de nous ses confidents. Au fond, la poésie de Cliff illustre à merveille le mot de Lautréamont : "La poésie doit être faite par tous". On ajoutera : et pour tous.

Paru le 9 février 2006

Éditeur : La table ronde

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Matthieu Messagier

post-verbum aux demains sans tutelles

la plupart des manèges et la nuit a tardé
dessus les restes hasards de sueurs nouvelles nées
et dès que les rôles emportent les légendes
là où les sons obtiennent le fard à déprendre
sur les voiles de larmes encore rugueuses
que le parage a abandonné derrière lui
des papillons de nuit aux teintes obscurantes
pour ce que leur vie arrête en ce royaume
soudain allument de biais sans que l’os y consente
les us inespérés de mondes en dense et séculiers
et les dés à découdre du moins résolvent les passés
et au chas des jeux de pôles se faufilent d’autres étés
si l’écho des odes après-voir offre la merveille
même surgie d’ailleurs où l’âme se porte sans appareil

inédit pour le Printemps des Poètes