Le plancher

Auteur : Perrine Le Querrec

Le plancher

Ma première rencontre avec le plancher de Jeannot date de 2005, à la bibliothèque François Mitterrand. Hall Est, ce n’est pas le silence qui m’accueille, mais une clameur, un hurlement. Le plancher se dresse dans la lumière, trois surfaces creusées, martelées, saignées à blanc. Je m’approche, aucune paroi ne me sépare de lui, inutile de lever la tête, il est là, devant moi, attaque ma rétine, mon système nerveux, je lis, ne comprends pas, me perds, j’entends les coups, je vois Jeannot sans même encore connaître son histoire, je vois Artaud crever la page d’écriture de son marteau. Je rencontre Jeannot l’Écrivain. Plus tard, le plancher est démonté, exposé dans plusieurs lieux d’art brut, c’est Jeannot l’Artiste. Encore plus tard, le laboratoire pharmaceutique qui l’a acquis le dévoile aux représentants comme avertissement si l’on ne consomme pas ses médicaments, c’est Jeannot le Schizophrène. Depuis plusieurs années le plancher est visible rue Cabanis, contre un mur de l’hôpital Sainte-Anne. Mal exposé, mal conservé, il attend depuis 3 ans une salle qui doit lui être consacrée. C’est Jeannot le Coupable.

Paru le 1er novembre 2013

Éditeur : Les doigts dans la prose

Genre de la parution : Prose

Poème
de l’instant

René Depestre

« Légitime défense »

« Légitime défense »

Poète en harmonie avec ses racines
je sais l’art de célébrer en moi-même
les noces de l’instinct et de la raison :
en plein sommeil un merveilleux oiseau
de combat reste éveillé tout éperdu
aux accidents et aux ténèbres de mon chemin.
Rien n’échappe à sa vigie de prince de la nuit.
C’est un grand duc aux réflexes de tigre
Malheur au vendeur de drogue et de mensonges
à quatre pattes dans sa guerre contre mes jours.
À sa vue l’hôte ailé en flammes dans mes os
Laisse tous mes rêves s’élever en fusées.

René Depestre, Anthologie personnelle, Actes Sud, 1993.