Le poète innombrable

Auteur : Alexander Dickow

Le poète innombrable

« Le monde dans un homme, tel est le poète moderne », écrit Max Jacob. « Je suis tous les visages », déclare Cendrars. Apollinaire, lui, contemple tous ceux qui composent son être universel : « Les peuples s’entassaient et je parus moi-même / Qu’ont formé tous les corps et les choses humaines ». Cette ambition donne naissance à une déroutante multiplicité de styles.

Face au poème, poser la question « qui parle ? » revient à demander à quel titre il parle, de quel droit : affaire de légitimité. Pour peu que le poète n’ait plus de rôle social ou symbolique clair, il peut se retirer de son poème, – ou bien profiter de l’indétermination de son statut pour jouer tous les rôles. Jacob, Apollinaire et Cendrars optent pour ce jeu de masques né à la fois d’une inquiétude – le poète n’a-t-il plus aucune place ? – et d’une aspiration à l’universel : parler enfin pour tous, en devenant chacun tour à tour.

Paru le 1er novembre 2015

Éditeur : Hermann

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.