Le poète innombrable

Auteur : Alexander Dickow

Le poète innombrable

« Le monde dans un homme, tel est le poète moderne », écrit Max Jacob. « Je suis tous les visages », déclare Cendrars. Apollinaire, lui, contemple tous ceux qui composent son être universel : « Les peuples s’entassaient et je parus moi-même / Qu’ont formé tous les corps et les choses humaines ». Cette ambition donne naissance à une déroutante multiplicité de styles.

Face au poème, poser la question « qui parle ? » revient à demander à quel titre il parle, de quel droit : affaire de légitimité. Pour peu que le poète n’ait plus de rôle social ou symbolique clair, il peut se retirer de son poème, – ou bien profiter de l’indétermination de son statut pour jouer tous les rôles. Jacob, Apollinaire et Cendrars optent pour ce jeu de masques né à la fois d’une inquiétude – le poète n’a-t-il plus aucune place ? – et d’une aspiration à l’universel : parler enfin pour tous, en devenant chacun tour à tour.

Paru le 1er novembre 2015

Éditeur : Hermann

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.