Le reste c’est la suite

de Sarah Kéryna

Le reste c'est la suite

Le reste c’est la suite sonde notre présent pour remonter vers le ou les moments de rupture d’une séquence – franchissements, seuils, points de bascule – comme on le fait à la suite d’une expérience traumatique.
Annotations du quotidien, dates, archives, récits de rêves, étymologies, citations, souvenirs d’enfance, scénarios imaginaires, bribes d’intrigues policières, de chansons, de carnets, dialoguent avec un flux de films, de séries télé, de dépêches en continu, d’images d’actualité, à l’intérieur d’une trame qui recompose une mémoire collective et intime de la « catastrophe contemporaine » et sa représentation, traversée par des menaces inédites et la défaite du politique. Avec, pour fils rouges, l’avènement de ce que l’on nomme aujourd’hui « l’urgence climatique », la sidération des attentats survenus en France en 2015-2016, et, en ligne de mire, d’une révolution massacrée à l’explosion de la violence « dans un pays en paix », la Syrie, comme un miroir tendu.

Le souffle du vent
soulève la terre,
charrie la poussière,
et porte les incendies.

Paru le 6 octobre 2020

Éditeur : Les presses du réel

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.