Le sentiment fugace de l’éternel suivi de Géographie du chaos

Auteur : Nuno Judice

Le sentiment fugace de l'éternel suivi de Géographie du chaos

Traduction Yves Humann & Béatrice Bonneville-Humann

Extrait :

Qu’attendent du ciel ces statues ? Celles d’hier,
tronquées et mutilées, et celles d’aujourd’hui, dans l’écho de pierre
où un fleuve souterrain se meut encore, traînant
les images noires auxquelles le jaillissement d’une source rendra
l’ultime lumière ? Je partage avec elles une attente
de paysage ; et le ciel, dans la verticalité des désirs
humains, garde le bleu pour les oiseaux tardifs,
qui préparent les grands voyages de l’automne. L’air
répand sa pureté dans les champs restants ; et
les yeux des statues reflètent l’abîme de cette mer
qu’on ne voit pas, avec son immensité illuminée
par la plainte des marées. Je les prends par la main, et
je mène cette procession d’aveugles au bord
de la falaise. Le temps existe-t-il encore ? Dans quelle autre
vie le comptons-nous, additionnant les instants, jusqu’à
entendre le rire de ces lèvres qui s’est estompé dans
l’érosion du marbre perdant l’arôme de l’amour ?

Paru le 1er juin 2015

Éditeur : Corlevour

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.