Le soleil vient d’en face

d’Emmanuelle Favier

Le soleil vient d'en face

Dans ce qui m’est apparu comme un long poème élégiaque qu’Emmanuelle Favier aurait pu écrire d’une seule traite, mais résulte d’un assemblage de textes publiés en revues entre les années 2013 et 2020, sa maîtrise de la langue fascine. La manière dont elle en joue, les registres qu’elle utilise pour traiter du plus intime, passant d’une apparente simplicité formelle aux sophistications du style, rappellent qu’elle est aussi une romancière d’exception : sa prose exalte sa poésie, comme sa « condition de poète » irrigue ses romans. Il faut la lire à haute voix pour entendre son chant, se laisser prendre par la main et affronter avec elle le vent et tout ce manque de courage.(Jean-Marie Blas de Roblès, extrait de la préface)

Paru le 18 août 2021

Éditeur : Rhubarbe

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stèles

La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l’atteindre, que le dépit ne t’émeuve : Ne l’as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s’étale sous ta marche. Même si tu n’en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, - tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l’as jamais vue nue, sans voix, sans défense, - contemple-la de ton désir .

*

Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t’a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu’elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.

Victor Segalen, Stèles, « Stèle au désir », 1912.